25 janvier 1980

Le divin coureur

Il courait rapidement, par une belle matinée, sur les étendues inférieures de la mousse du musée local. Quarante jours plus tard, il passait à l'étage de la misère où les grues électriques ouvraient des plaies méchantes, à coups de canif, dans les tendres épaules du silence. Il ne se sauvait jamais, mais, dans sa gorge s'enfermait les cantiques que lui avait appris son curé.

Il courait maintenant, parfaitement, sur un tapis de pendules sales qui, chaque jour, sonnait les huit heures chaudes du jugement dernier.
Il ne courait plus car, bientôt, soixante quatre jours après, il se retrouva à voltiger au-dessus de dangereux étudiants en injure, qui travaillaient dans un tapage d'époque. Il lui fallut reculer et se cacher parmi des livres qui remettaient des invitations pour découvrir un cortége de minuscules bergers qui montaient les voiles d'une chaumière.

Divin coureur, ton voyage aboutira à cette chaumière où coulent des vagues de lilas. Ta pensée songera que dans les allées qui sont toujours aménagées sur de la gelée de fraises, tes amis, désireux d'être amusés, pêchent des ours sans âge.

En attendant, il courait merveilleusement parce que l'espoir est sans mesure, mais s'évanouit parfois dans les promesses d'une soirée romaine, où rougissent des parfums sonores.

11 janvier 1980

Un capitaine unique

Depuis quatre ou cinq heures, les encriers migrateurs confondent les grenouilles et les wagons, qu'ils dévorent. Pendant que les voyageurs périssent, les virils agents de la gare rentrent les locomotives domestiques que les encriers noirs qui parcourent le ciel veulent mettre à cuir. "Je crois, se dit le subtil curé, qu'ils sont sans pitié ni religion. Et quelle rapidité dans leur besogne !". Soudain, un capitaine blanc tomba d'une échelle, ou d'un sapin sot, dans un camion très commun mais propre et utile. Pendant ce temps, au balcon d'une villa où elle s'affaiblissait, une gamine aux ailes de satin le regardait. " - Mademoiselle, quelques minutes nous reste pour traverser dans notre fuite cette étrange armée. - Votre proposition, monsieur, me fait revivre, répondit-elle. Mais j'ai laissé près de l'écluse mon corbeau à cornes, celui, vous savez, qui mire ses yeux douloureux dans les paniers de la poésie." La gare était une forge mortelle où les encriers indignes taillaient des jambes et des langues pour la mauvaise saison. Le noble capitaine couru à l'écluse, suivi de la pâle gamine. Maintenant, sur les rochers de la mer, ils jugent que les étoiles qui éclatent dans l'onde sont les éternelles fontaines d'une liberté en forme d'ailes brusques.

23 novembre 1979

Le renard n'est qu'un tigre de papier, mais il va bientôt changer.

Naguère, un vieux renard de décembre, fatigué des découvertes sans utilités, mangea la soeur frêle d'un insecte au robuste plumage et s'endormit.

"Autrefois, je vivais dans un pays où c'était moi le curé, et dans des multitudes de jeunes chapelles, je disais des messes magnifiques."

Mais, aujourd'hui, loin de ces tableaux superbes, le renard, sur l'herbe de son triste verger, fondait le miel gris des orages et la fumée froide du vent. Il plongeait dans l'eau inconnue et sinistre de ses nuits, et soutenait ainsi que la durée de la vie n'était qu'un joujou grammatical.

Cependant, quatre mois plus tard, dans les fleurettes et les violettes éternelles de janvier, pendant que les cavernes mauves et les greniers noirs changeaient de peau, il se dit : "Mon fils, tu as une âme plate, tu n'es que le forgeron d'un navire fou et tu finiras dans un bassin de sang, esclave !".

Alors, le renard boucla ses valises frisées à oreilles, et partit vers des plages pures où, moins misérable désormais, il s'endormit chaudement pour se souvenir des feuilles du temps magique des églises.

26 octobre 1979

La Mort est vivante

Chaque mercredi, la pluie murmure au soldat timide que la lueur des canons n'est pas magique.

Aujourd'hui il vente, et le curé et ses trois anges ont fait parvenir au soldat une lettre où ils disent qu'il faut tourner son regard vers la campagne humide de brume, où se réunissent des statues futures. Mais, hier, il a été victime de la victoire des loups qui ont pondu des moteurs.

Le soldat est tombé. Les anges alors ont tourné autour de lui, qui dort dans les fleurs liquides d'un juillet fauve.

Madame, demain vous blanchirez le regard aveugle des gardes, vous prendrez l'écharpe qui a l'odeur des larmes sur ses joues pour le rendre invisible, et vous partirez avec lui dans des lueurs modernes.

Autrefois, un soldat timide, à cause d'une dame, est redevenu bleu comme une matinée, ou une orange.