15 mars 1986

Conscience

Lorsqu'au plus profond du sommeil
Mon âme véritable s'éveille,
Je pars à la découverte d'autres mondes,
Et me heure aux créatures immondes
Qui parsèment mon long chemin
Et qui meurent, tuées de ma main.
Tout au long de la nuit
Je vagabonde sans bruit
Dans les méandres de l'existence,
Tributaire de la fatale chance.
Dieu seul sait quelle est ma quête,
Et pourquoi ainsi je m'entête
A prendre part à des luttes
Sans que je connaisse mon but.
Lorsqu'au petit matin
Je redeviens un simple humain
Je me demande anxieusement
Ce que je fais au milieu de ces déments,
Car en me regardant dans la glace
Je sais que ce n'est pas ici ma place.
Alors où devrais-je être
Moi, le curieux penseur sans maitre ?

03 mars 1986

La fuite

La vie coule
Comme un long ruisseau
Et échappe trop facilement
A l'étreinte de mes mains.
Tandis que comme un oiseau
L'amour s'enfuit loin de moi.
Et je me console en rêvant
De cette solitude morbide
En m'échappant à mon tour
De cette vie qui ne veut point de moi.
Ainsi je découvre d'autres rivages
Bien plus doux et chauds
Que tous ceux de la Terre
Mais je ne peut rester
A jamais dans mes rêves.

25 février 1986

Les maitres

Sur la plaine brumeuse
Se levait le soleil,
Et la nature heureuse
Sortait d'un long sommeil.
Rien ne laissait paraitre
Qu'ici avait eu lieu
Avant de voir les Hommes naitre
Le combat des Dieux.
Car bien avant le début
Ils étaient déjà là,
Et rien dans la grande Mû
Ne laisser présager cela.
Puis vint l'oubli,
Et la décadence de ces êtres.
Peu de gens aujourd'hui
Savent qui étaient ces Maitres.

17 février 1986

Derrière le mur

Derrière ce mur immatériel
Se dresse toute l'espérance d'une vie,
Tout l'espoir d'un monde
Se réuni derrière cette barrière :
La Mort.
Elle seule peut révéler des secrets
Que nul Homme n'a jamais espéré percer.
Et pourtant me voilà
Au terme du voyage
Devant la porte du temps.
Dans un instant
Je l'aurais franchie
Et plus rien ne me sera dissimulé,
J'aurais enfin la connaissance des choses,
Des Hommes et du Monde.
Rien ne me restera secret.
Et pourtant un doute subsiste en moi :
Est-ce que ce que je cherche est bien là,
Derrière ce mur dressé contre moi ?
Mon esprit veut franchir cet obstacle
Mais mon coeur me dit que je fais fausse route.
Alors, quelle est ma quette irréelle ?
Mon but est-il de savoir ou d'aimer ?
Car mon coeur me ramène à moi,
Ses palpitations reprennent
Et me ramène à la vie...
Aujourd'hui je n'ai plus qu'un but :
Trouver l'Etre qui saura me faire oublier
Ma soif de connaissances.

05 février 1986

Le tyran

Sur la plaine morose
Glisse une ombre solitaire,
Un voyageur égaré dans la vie
S'enfuit entre le béton.
En mon coeur monotone
Palpite une parcelle d'espoir.
Tout n'est qu'ombre, désolation,
La tristesse s'acharne sur le bonheur
Tandis que le jour détruit la nuit.
Le noir, à jamais perdu,
Se souvient des instants de joie
Et rêve de dominer encore
Le sommeil des Hommes,
L'imagination des rêveurs.
Tout dans cet univers
Est soumis à la loi du tyran.
Rien ne lui résiste.
Et pourtant peu de choses suffiraient :
Un chant s'élevant du fond des âmes,
Un fantasme évadé de sa prison,
Et la monotonie serait à jamais brisée.
Mais le jour est le maitre
Et la nuit a disparue.
Elle s'est enfuie face au géant
Qui voulait asservir les esprits.
Là-bas l'espoir renait
Car un homme s'est élevé
Contre le joug de la société.

21 janvier 1986

L'évasion

Depuis combien de temps était-il là ? Il n'en savait rien. Depuis longtemps il avait perdu la notion du temps. Il était seul dans cette pièce sans meubles, excepté un lit, ou du moins ce qui en avait la fonction. Les murs roses couverts de mousse l'exaspéraient. N'ayant rien à faire, il s'asseyait sur la couche et pensait. Des souvenirs remontaient à sa mémoire...

La pièce richement décorée exprimait une certaine aisance. Sur le bureau de chêne un encrier renversé sur des lettres, des livres précieux gisaient à terre comme un tapis de connaissances. Un plafonnier de cristal jetait une lueur blafarde sur un corps de femme étendue sur le tapis, du sang coulant de sa poitrine inerte. A ses cotés, agenouillé, se tenait un homme d'une quarantaine d'années, une main couverte de tâches rouges, l'autre crispée sur le manche d'un coupe-papier. Une minute, une heure, une éternité... Une sirène retentit au loin, puis se rapprocha inexorablement. Deux policiers entrèrent brusquement dans la pièce. Il se ruèrent sur l'homme au coupe-papier et l'entrainèrent.

Ces souvenirs, il ne les reconnaissait pas. Qui était cette créature allongé à côté de lui ? Où était-il ?

Parfois, il recevait une visite, un individu en robe noire qui lui parlait longuement, doucement, répétant sans cesse les mots "mort", "femme", "assassin", "jalousie". Il ne comprenait pas ce qu'on lui voulait, et il s'enfermait dans sa réflexion. Il parlait à la voix, et elle lui répondait. Durant des heures ils discutaient ensemble, de tout, de rien. Tous les jours les discussions reprenaient, et tous les jours il s'évadait un peu plus.

Jusqu'au jour où la voix prit un visage, le visage d'une femme qu'il avait l'impression de connaitre. Ce jour là, de sa mémoire, ressurgirent en masse ses souvenirs et ils l'inondèrent comme les flots d'une marée acide. Il compris tout ce qui lui arrivait et ce qu'il faisait là. Il en fût désespéré et, durant toute la nuit, pleura son repentir. Le lendemain sa femme réapparue et, comme les jours précédents, ils discutèrent longuement. La dernière phrase qu'il prononça fût "Emmène-moi avec toi".

Lorsque le hurlement déchira l'air, les gardes somnolaient. Dehors, dans un ciel nocturne pur, éclairé par une lune plein de messages, une comète transperça l'atmosphère. Ils se précipitèrent dans les chambres, et arrivèrent à celle de l'inconnu. Son cadavre apparaissait comme une tâche veloutée sur le sol rose. Son visage souriait comme celui de quelqu'un qui découvre enfin la liberté, tandis que dans l'air flottait une odeur de souffre.

17 janvier 1986

Complainte

Le temps d'un orage
Et ma colère s'apaise
Ta main que je baise
Fait tomber ma rage

Ton sourire réveille
En mon coeur troublé
Les chants de l'été
Comme un rayon de soleil

La pâle clarté de la lune
Fait ressurgir mes souvenirs
La brume percée de tes rires
Nos promenades dans les dunes

Les doux rivages du bonheur
Sont maintenant ancrés dans ma mémoire
Et quand surgit la solitude noire
Je les arrose de mes pleurs

Tu es partie avec eux
Me laissant seul face au vide
Un jour le temps avec ses rides
Viendra me ferme les yeux

Alors je serai délivré
Du rêve d'un amour impossible
Et du néant montera un cri inaudible
Car malgré tout je continuerai à t'aimer

05 janvier 1986

Ode XX

Il était parti avec le soleil
Et nul ne sait où il s'en est allé
Alors, durant ce long sommeil
Tous furent, par la nuit, effrayés
Depuis ce jour les guerriers veillent
Et attendent sans joie l'heure de leur décès
Mais un jour ce sera le réveil
Et du sol monteront des armées
Plus rien ne sera pareil
Car de nouveau il nous aura rassemblé.